Category Archives: Cambodge

« La foule infinie des apsaras gambillantes » Claudel

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 « Les Apsaras, qu’elles sont jolies et souriantes sous leurs coiffures de déesses, avec pourtant toujours celte expression de sous-entendu et de mystère qui ne rassure pas… Très parées, ayant des bracelets, des colliers, des bandeaux de pierreries, de hautes tiares pointues ou des touffes de plumes, elles tiennent entre leurs doigts délicats, tantôt une fleur de lotus, tantôt d’énigmatiques emblèmes; toutes celles que l’on peut atteindre en passant ont été si souvent caressées, au cours des siècles, que leurs belles gorges nues luisent comme sous un vernis, et ce sont les femmes qui, pendant les pèlerinages, les touchent passionnément pour obtenir d’elles la grâce de devenir mères. »

Un pèlerin d’Angkor, Pierre Loti, 1911

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Les tours à quatre visages

Les tours à visages, “cette invention sans passé ni lendemain », cette innovation au “caractère explosif […] qui fut indiscutablement la révolution artistique et la seule que connut l’art khmer du grès du IXe au XIIIe siècle » (Groslier 1935, 206).

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 » De tous les monuments khmers « le plus ruiné, le plus vaste, le plus chaotique, le plus indéchiffrable », Banteay Chhmar est un temple trois fois perdu. Perdu une première fois lorsque l’abandon du à l’anarchie khmère le livra pour des siècles à la jungle et à la ruine. Perdu une seconde fois lorsque les décennies de troubles et de guerre civile du début des années soixante-dix à la fin des années quatre-vingt-dix en empêchèrent l’investigation et la restauration archéologiques. Perdu une troisième fois par les pillages massifs qu’il subit ces deux dernières décennies, l’appauvrissant de ses plus belles pièces. Mais ses beaux restes en justifient largement la visite, le temps de se prendre, dans le chaos labyrinthique de ses ruines dantesques, pour un explorateur à l’ancienne – et de méditer, à l’ombre des fromagers géants, sur le sourire énigmatique des colossaux visages de pierre qui veillent sur ses tours épargnées. » Georges Groslier & Cristero.

 

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Avalokitésvara de Banteay Chmar

Avalokitésvara (ou Avalokiteshvara) est le plus populaire des Bodhisattvas, les « promis à l’éveil » du bouddhisme mahayana (ou « Grand Véhicule »). Son nom signifie « Seigneur de l’infinie compassion » ou « Seigneur qui regarde d’en haut », et il est le bodhisattva du temps présent. Avalokitésvara est considéré comme une émanation du grand bouddha Amitabha. Bien qu’il réside dans le paradis d’Amitabha, il évolue dans notre monde pour le salut des hommes et des animaux. On le représente généralement sous les traits d’un bel homme, doté de plusieurs têtes et bras.

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Selon une légende, le jour où Avalokitésvara ouvrit les yeux sur les souffrances du monde, sa tête explosa sous la douleur. Amitabha ramassa les morceaux et en fit neuf nouvelles têtes. Et en réponse au souhait d’Avalokitésvara d’aider toutes les créatures, il lui poussa mille bras. Au creux de chaque main se trouvait un oeil, et « De ses yeux émanèrent le soleil et la lune ; de son front, Mahesvara ; de ses épaules, Brahma et d’autres dieux, de son coeur, Narayanan ; de ses cuisses, Sarasvatî; de sa bouche, les vents, de ses pieds, la terre et de son ventre Varna. Avalokitésvara vient en aide à ceux qui l’invoquent. Il se rend en enfer pour apporter des boissons fraîches à ceux qui endurent la chaleur des damnés, et il prêche la loi bouddhiste aux êtres incarnés en insectes et en vers. On dit qu’il protège les hommes des catastrophes naturelles et qu’il bénit les enfants.

 

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«Au temple de Banteay Chmar, près de la frontière thaïlandaise, l’ampleur des dégradations depuis une douzaine d’années est exceptionnelle», raconte aussi Christophe Pottier, qui a effectué plusieurs missions sur ce site de 3 kilomètres carrés. Les têtes des divinités ont été les premières à disparaître, souvent en miettes sous les coups de burins. Et pour accéder aux blocs sculptés et les enlever directement, les pillards ont carrément démoli les superstructures.

Et c’est ainsi qu’en décembre 1998, le grand épigraphe Claude Jacques a pu retrouver et faire saisir chez un antiquaire de River City (une célèbre galerie marchande de Bangkok) un large fragment de pied droit portant une inscription inestimable, relative à la fondation du temple en hommage à l’un des fils de Jayavarman VII.  Quelques jours plus tard, une bétaillère était en outre interceptée près de la frontière par la police thaïlandaise, avec 117 blocs de grès sculptés enveloppés dans des toiles de jute à son bord. Le puzzle reconstitué révéla deux Avalokitesvara en provenance de Banteay Chmar – d’extraordinaires bhodisattvas de la compassion aux bras multiples -, qui furent restituées au Cambodge en mars 2000, aussitôt remontées, puis exposées au Musée national de Phnom Penh.

Mais le trafic continue. A Sisophon, la ville la plus proche du temple de Banteay Chmar, la gendarmerie a récupéré plus de 2 000 objets ces deux dernières années, la plupart provenant d’une nécropole pré-angkorienne mise au jour par des villageois. Vingt et un blocs de grès sculptés appartenant aux panneaux de bas-reliefs volés en 1998 ont aussi été retrouvés dans une cache, mais deux Avalokitesvara (sans doute exportées en Thaïlande) manquent toujours à l’appel.

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Le royaume de l’arbre

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Gardiens impuissants

« Dans la tradition hindouiste, les suparnas ou paradas apparaissent comme les ennemis naturels des nâgas. Leur roi Garuda, fils de Karyapa et de Vinatâ, y est à la fois celui qui transporta le mont Mandara pour le Barattage de l’Océan et celui qui ravit l’amrta au bénéfice des dieux. Plus tard, aidé d’Indra, il trompera les serpents pour délivrer sa mère asservie par Kadrû, sa rivale. Lié étroitement aux cultes solaires — son frère Aruna est le propre cocher de Sürya — il apparaît comme symbolisant la victoire et est le Yàhana de Visnu, dieu solaire.

Mais, dans les traditions mahâyânistes, Garuda, tout en demeurant l’ennemi des nâgas, devient aussi, et assez paradoxalement, le protecteur de certains d’entre eux qui, comme Mucilinda, s’attachèrent à la personne du maître ou voulurent entendre l’enseignement de sa doctrine. Il semble qu’à ce point de vue il soit assez étroitement lié à Vajrapâni qui revêtirait même exceptionnellement sa forme dans le bouddhisme tardifs. Le clan du Foudre que préside Vajrapâni serait, en quelque sorte, en liaison avec le culte solaire et Garuda y tiendrait un rôle élargi. C’est sans doute cet aspect complexe qu’illustre la statuaire du Bàyon où Garuda apparaît, tout à la fois, comme lié aux nâgas et comme protecteur des Buddha.

Monstre hybride par essence, Garuda acquiert dans l’art khmer une expression de vie, de majesté et d’équilibre rarement atteinte, unissant harmonieusement les caractères si dissemblables de l’oiseau, de l’homme et du félin. Si les sculpteurs sont arrivés à une réussite étonnante dans leur figuration du nâga, leur réussite en ce qui concerne Garuda est tout aussi brillante. »  Jean BOISSELIER

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Malgré cette histoire mythique prestigieuse, Garudas et nagas se sont montrés bien impuissants dans leur rôle protecteur.

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Premières approches

« Non seulement le Khmer a une faculté prodigieuse d’oublier son passé, même le plus proche, mais, en plus, il ne modifiera pas des comportements sanctionnés par des expériences du passé.
En tous domaines, il répète des modèles ataviques sans se soucier de savoir s’ils restent pertinents.

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Depuis des siècles, création et innovation sont des tabous profondément ancrés dans l’inconscient individuel et social : on essaye pas d’améliorer quelque chose qui ne donne pas satisfaction, on l’abandonne. » Etude de Jérôme ROUER

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